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Compter les cartes est-il légal ?

Oui. Compter les cartes, c'est se souvenir de ce qu'on a vu et faire une division : aucun appareil, aucune information cachée, aucune intervention sur le jeu. Aucun des textes lus pour écrire cette page — France, Nevada, New Jersey, Royaume-Uni — n'en fait une infraction. Mais un casino est un établissement privé : il peut vous demander de quitter la table, vous interdire le blackjack ou vous refuser l'entrée, et il ne s'en prive pas. La frontière pénale est ailleurs : elle commence à l'appareil, au marquage des cartes, à l'entente avec un croupier. Cette page cite ses sources ; elle n'est pas un conseil juridique.

Pourquoi ce n'est pas une infraction

Un compteur n'utilise que ce qui a été montré à toute la table. Les cartes tombent face visible et restent sous les yeux de tout le monde. Il attribue mentalement +1 aux petites cartes, −1 aux dix et aux as, zéro au reste, puis divise par les jeux restants. Il n'y a rien à dissimuler, parce qu'il n'y a rien de dissimulé.

Ce qu'un compteur fait, en entier

  1. Il regarde les cartes retournées devant tout le monde.
  2. Il ajoute un entier à un total gardé en tête — le système Hi-Lo.
  3. Il divise par les jeux restants : c'est le compte vrai.
  4. Il mise plus quand ce nombre monte, et change parfois une décision de stratégie de base.

La ligne de partage : observer, ou intervenir

Les textes qui punissent le joueur visent la tromperie et l'intervention — fausser le tirage, marquer un dos, s'entendre avec un employé, brancher une machine. La mémoire n'y entre pas. La Cour suprême du Royaume-Uni a tracé la frontière le 25 octobre 2017, dans l'affaire Ivey, et elle l'a fait en une phrase : « Il se peut qu'un joueur qui repère que certaines cartes ont un dos perceptiblement différent des autres, et qui tire parti de cette observation, ne triche pas ; mais M. Ivey a fait bien plus qu'observer : il a pris des mesures concrètes pour truquer le paquet. » Le comptage ne quitte jamais le premier côté.

Ce que fait le joueurStatut
Retenir de tête les cartes sorties, diviser, ajuster sa miseLégal partout où ces textes s'appliquent
Consulter une antisèche de stratégie impriméeToléré ou non selon la maison ; aucun texte cité ici n'en fait une infraction
Utiliser un téléphone, une calculette, un logiciel, un objet cachéDélit au Nevada
Marquer, plier, orienter ou substituer des cartesTriche
S'entendre avec un croupier ou un compliceTriche

États-Unis : deux régimes selon l'État

New Jersey : un casino d'Atlantic City ne peut pas exclure un compteur

Le 5 mai 1982, la Cour suprême du New Jersey a tranché Uston contre Resorts International Hotel : Kenneth Uston était écarté des tables depuis janvier 1979 parce que sa méthode augmentait ses chances. La Cour a jugé que la loi sur le contrôle des casinos confie à la seule Casino Control Commission le pouvoir de fixer les règles des jeux autorisés, y compris la façon d'y jouer — faute de règlement excluant les compteurs, le casino ne pouvait le faire de sa propre autorité.

Il faut lire cette décision pour ce qu'elle dit, et pas plus. Elle ne consacre pas un droit de compter : la compétence appartient au régulateur, pas à l'établissement — et la Cour a refusé de dire ce que la Commission trancherait. Les salles d'Atlantic City ont répondu par des contre-mesures permises par la réglementation : mélanger le sabot à volonté, ajouter des jeux, interdire d'entrer en cours de sabot. Un compteur d'Atlantic City ne se fait donc pas mettre dehors pour avoir compté ; il se fait mélanger le sabot sous le nez, ce qui revient au même.

Nevada : le casino peut vous mettre dehors, et c'est écrit dans la loi

Le Nevada n'a jamais fait du comptage un délit : aucun texte de l'État ne vise le calcul mental, et le Gaming Control Board l'a écrit dans un courrier officiel dès 1986. Mais le droit de l'établissement, lui, est explicite : la loi précise qu'elle ne vient pas « abroger ni restreindre le droit de common law d'un établissement de jeu d'exclure quiconque des activités de jeu ou de l'expulser des lieux, pour quelque raison que ce soit » (NRS 463.0129, alinéa 3).

Tant qu'on vous prie de partir et que vous partez, il ne s'est rien passé de juridique. Revenir après avoir été averti est une autre question : y rester ou y revenir malgré l'avertissement du propriétaire ou de l'occupant est au Nevada un misdemeanor, puni de six mois de prison au plus, d'une amende pouvant atteindre 1 000 dollars, ou des deux (NRS 207.200 et NRS 193.150). Ce n'est jamais le comptage qu'on poursuit, c'est le fait d'être revenu.

L'appareil : là, c'est un délit

Au Nevada, utiliser un appareil pour compter n'est pas une faute de savoir-vivre : c'est une infraction pénale, et le texte vise expressément le suivi des cartes.

NRS 465.075 rend illégal le fait d'utiliser, de détenir dans l'intention d'utiliser ou d'aider autrui à utiliser tout dispositif informatisé, électronique, électrique ou mécanique, tout logiciel et tout matériel conçus, construits, modifiés ou programmés pour obtenir un avantage au jeu. Suit une liste d'exemples explicitement non limitative, dont deux tombent pile sur le sujet : l'appareil qui projette le résultat du jeu, et celui qui tient le compte des cartes jouées. Un téléphone est un ordinateur ; l'application qui compte fait exactement ce que le texte nomme.

La peine n'est pas symbolique. NRS 465.088 qualifie la première infraction de category C felony, ce qui expose, selon NRS 193.130, à un an de prison au minimum et cinq au maximum, le juge pouvant y ajouter une amende jusqu'à 10 000 dollars ; la récidive passe en category B. La même arithmétique est donc licite dans une tête et répréhensible dans une puce : la différence n'est pas le calcul, c'est l'outil.

France : ce que dit le texte, et ce que je n'ai pas trouvé

Le blackjack en casino français est encadré par l'arrêté du 14 mai 2007, qui descend jusqu'au détail du tapis. Son article 55-4 impose six jeux de cinquante-deux cartes, oblige le croupier à rester dès 17 points — y compris quand il atteint 17 avec un as compté 11 — et prévoit qu'après la coupe « le croupier place une carte d'arrêt rouge dans le sixain afin de laisser un talon d'au moins un jeu ». C'est remarquable : la pénétration, seul paramètre dont dépende vraiment le comptage, s'y trouve plafonnée par règlement à cinq jeux sur six.

J'ai lu cet arrêté et je n'y ai trouvé aucune disposition interdisant à un joueur de compter les cartes, de les mémoriser ou de suivre la composition du sabot. Côté régulateur, l'Autorité nationale des jeux n'exerce sur les casinos qu'une compétence de prévention du jeu excessif et d'équilibre des filières ; l'intégrité de l'offre de jeux et la lutte contre le blanchiment relèvent du ministère de l'Intérieur, dont le service central des courses et jeux assure la police des jeux. Ni l'un ni l'autre ne publie, à ma connaissance, de texte visant le comptage mental.

Ce que l'arrêté prévoit, en revanche, c'est le droit de la maison. Son article 24 règle la question en une phrase : « La direction du casino peut refuser l'accès à son établissement à toute personne qu'elle estime susceptible de troubler l'ordre, la tranquillité ou la régularité des jeux. » Un avis est ensuite adressé, avec ses motifs, au chef du service territorial de police judiciaire compétent : la maison doit dire pourquoi à la police, pas le prouver au joueur. Quitte-t-on le comptage pour la triche, on retombe sur le droit commun : l'escroquerie, définie à l'article 313-1 du code pénal par l'emploi de manœuvres frauduleuses, coûte cinq ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende.

Je n'ai donc pas trouvé de disposition française interdisant de compter de tête — ce qui n'est pas la même chose que d'affirmer qu'il n'en existe aucune.

Royaume-Uni : la loi définit la triche, pas le comptage

Le Gambling Act 2005 crée à sa section 42 une infraction de triche au jeu, punie de deux ans d'emprisonnement au plus sur mise en accusation. Le texte ne la définit pas limitativement : elle peut consister en une tromperie ou une interférence, effective ou tentée, avec le déroulement du jeu ou avec le jeu lui-même. Et il précise qu'il est indifférent que le tricheur ait amélioré ses chances ou gagné quoi que ce soit.

C'est cette ouverture qui a mené l'affaire Ivey jusqu'à la Cour suprême. Ce joueur de poker avait gagné un peu plus de 7,7 millions de livres au punto banco, les 20 et 21 août 2012 au Crockfords de Londres, en obtenant du croupier, sous un prétexte de superstition, qu'il oriente certaines cartes pour rendre leur dos reconnaissable. L'arrêt retient que la triche suppose normalement « un acte délibéré, destiné à obtenir dans le jeu un avantage objectivement incorrect au regard de la nature, des paramètres et des règles du jeu examiné ». La malhonnêteté n'en est pas un élément nécessaire : Ivey se croyait sincèrement dans son droit, cela n'a rien changé.

La Cour n'a pas statué sur le comptage : son arrêt n'en parle pas. Mais elle a placé la ligne entre observer et intervenir, et le comptage ne la franchit jamais. La Gambling Commission ne publie aucune interdiction ; les casinos, eux, restent libres de refuser leur clientèle.

Ce que fait réellement un casino

En pratique, presque rien de tout ceci n'arrive. Ce qui arrive, dans l'ordre :

Les contre-mesures.
Le sabot est mélangé plus tôt que prévu, on vous refuse l'entrée en cours de sabot, on plafonne votre mise. Rien n'est dit, tout est fait : c'est la réponse la plus courante, parce qu'elle attaque la pénétration, matière première du comptage.
Le « back-off ».
Un responsable vous informe poliment que vous êtes le bienvenu partout dans l'établissement sauf au blackjack. Une phrase de service, sans suite juridique.
L'interdiction d'entrée.
Plus rare, et formelle : on vous notifie que vous n'êtes plus admis. C'est à partir de ce moment seulement qu'un retour peut devenir une intrusion.
Le fichier partagé.
Des sociétés privées vendent aux salles des listes de joueurs signalés, photographies comprises ; la plus connue, Griffin Investigations, diffusait le « Griffin Book ». Ces fichiers ne sont ni officiels ni fiables : en juin 2005, un jury du comté de Clark a condamné Griffin pour diffamation envers deux joueurs interpellés à tort sur la foi de ses informations. La société s'est placée sous chapitre 11 en septembre.

Aucune de ces quatre étapes n'est une sanction pénale : ce sont des décisions commerciales, prises par un établissement qui n'a pas envie de vous servir. C'est désagréable, et légal.

Le comptage reste une très mauvaise raison de jouer de l'argent. Il retire quelques dixièmes de pour cent à la maison, sur des milliers de mains, à condition de ne jamais se tromper — et ne rattrape jamais une mauvaise table : à l'Aquarium, l'avantage maison mesuré est de 2,073 %, contre 0,583 % au Boulevard. La question juridique est réglée ; l'arithmétique, elle, reste décevante.

La seule salle où compter ne vous fera jamais raccompagner à la porte.

Un entraîneur gratuit, sans compte, sans publicité et sans argent réel : dix tables, la stratégie recalculée pour chacune, le compte affiché à la demande.

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Questions fréquentes

Compter les cartes peut-il me valoir une condamnation ?

Non, pas pour le comptage lui-même. Retenir de tête les cartes déjà distribuées devant vous n'est une infraction dans aucun des textes consultés pour cette page, au Nevada comme au Royaume-Uni comme en France. Une condamnation ne devient possible que si vous y ajoutez un appareil, une carte marquée ou une entente avec un employé.

Un casino a-t-il le droit de m'interdire le blackjack ?

Oui, presque partout. Au Nevada, la loi précise qu'elle ne restreint pas le droit d'un établissement de jeu d'exclure quiconque ou de l'expulser des lieux. En France, l'article 24 de l'arrêté du 14 mai 2007 permet à la direction de refuser l'accès à toute personne qu'elle estime susceptible de troubler l'ordre, la tranquillité ou la régularité des jeux. L'exception est Atlantic City, où la Cour suprême du New Jersey a jugé en 1982 que seul le régulateur pouvait exclure un compteur.

Puis-je compter avec une application sur mon téléphone ?

Non, et c'est là que le droit pénal apparaît. Au Nevada, NRS 465.075 interdit d'utiliser ou de détenir dans l'intention d'utiliser tout dispositif électronique ou logiciel conçu pour obtenir un avantage au jeu, en citant nommément l'appareil qui tient le compte des cartes jouées. La première infraction est une category C felony, passible d'un à cinq ans de prison et d'une amende pouvant atteindre 10 000 dollars.

Compter les cartes est-il légal en France ?

Je n'ai trouvé aucune disposition française qui l'interdise. L'arrêté du 14 mai 2007, qui réglemente le blackjack jusqu'à la position de la carte d'arrêt, ne dit rien du comptage, de la mémorisation ni du suivi du sabot. Cela ne prouve pas qu'aucun texte n'existe, et cette page n'est pas un conseil juridique. Le casino, lui, peut vous refuser l'accès sans autre motif que le trouble supposé à la régularité des jeux.

Que se passe-t-il concrètement si un casino me repère ?

Rien de spectaculaire, dans l'immense majorité des cas : on mélange le sabot plus souvent, on limite votre mise, puis un responsable vient vous dire que le blackjack ne vous est plus proposé. C'est une décision commerciale, sans suite judiciaire tant que vous partez quand on vous le demande.